La guerre des prix
jeudi 2 avril 2026 à 21h00
Synposis : Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Interview réalisateur:
En tant que comédien, je fais régulièrement des interventions de théâtre en entreprise pour y jouer des saynètes et animer des débats avec les salariés. Un jour, je me suis retrouvé à participer au séminaire annuel des acheteurs d’une enseigne de grande distribution. J’ai encore mot pour mot la formule d’introduction du directeur : « si on est réunis aujourd’hui dans cette salle, c’est pour savoir qui sont les requins et qui sont les requins-tueurs. Et nous, les requins, on n’en veut pas, ce qu’on cherche, ce sont les requins-tueurs ». Les interventions se sont enchainées tout au long de la journée dans la même veine. J’étais abasourdi par ce ton aussi décomplexé : « on veut du sang » ; « si un fournisseur sort content de sa négo, c’est que vous n’avez pas fait votre boulot » ; « le win-win, ça n’existe pas » … Il y avait là des centaines de personnes, et personne ne réagissait. Je suis sorti en me demandant ce que pouvaient bien penser tous ces gens : est-ce qu’ils sont tous ok avec cette logique, est-ce qu’ils ont le choix, est-ce que ça fait partie du folklore ? Le monde de l’entreprise, je le connais, j’ai évolué dedans pendant un temps, je sais qu’il peut être dur et violent. Mais là, c’était tout autre chose, je n’avais jamais entendu de tels discours. Très vite, j’ai eu l’envie de creuser le sujet et d’écrire un scénario à partir de cette expérience.
Dans un premier temps, j’ai fait un long travail de recherche à partir d’articles et de documentaires. J’ai découvert un univers aussi effrayant que fascinant. En creusant, je me suis vite rendu compte que ce sujet était tabou, protégé par une forme d’omerta et que ce serait très dur d’avoir accès à des témoignages. J’ai finalement réussi à m’entretenir avec quelques interlocuteurs et notamment un ancien acheteur qui se présente comme un repenti et qui m’a tout expliqué. Cela m’a beaucoup aidé pour comprendre l’univers des négociations. C’est comme ça, par exemple, que j’ai pu construire la mise en scène autour des « box de négociation », ces petites pièces closes, sans fenêtre. On a stylisé le lieu, presque à la façon d’une garde-à-vue, pour renforcer le côté anxiogène et cinématographique, mais dans la réalité, les négociations commerciales entre acheteurs et fournisseurs se font bel et bien dans ces pièces dédiées. J’ai également parlé avec quelques agriculteurs, notamment ceux qui essayent de contourner le système en se regroupant au sein d’un réseau pour avoir plus de poids. En fait, j’aime bien dire que mon film n’est pas un documentaire, certes, mais une fiction documentée.
C’est un film qui parle du monde agricole, mais pas seulement. Je pense même qu’on en apprend plus sur l’univers de la grande distribution et sur le déroulement de ces fameuses négociations. C’est un film sur la confrontation entre ces deux mondes, et sur la façon dont cette quête permanente du prix bas se répercute toujours sur les plus fragiles, en bout de chaîne – en l’occurrence, les agriculteurs. Je ne voulais pas faire uniquement un film sur un enjeu social ou économique, qui aurait pu être un peu froid ou manquer d’émotion. Je tenais à avoir une vraie forme cinématographique, de sorte que même quelqu’un qui ne serait pas forcément sensible à ces sujets-là puisse avoir envie d’aller voir ce film, comme on irait voir un thriller...
D’un côté, il y a un film comme Petit paysan, pour la représentation du monde agricole et le côté thriller social. De l’autre, il y a les films de Stéphane Brizé – La loi du marché, En guerre, Un autre monde. Je suis très sensible à la façon dont il montre l’envers du décor du monde de l’entreprise, la réalité sociale des gens qui y travaillent, comment ça s’entrechoque avec un certain nombre de valeurs, etc. Je me suis notamment inspiré de sa démarche quasi documentaire pour les scènes de négociations que je voulais extrêmement réalistes. Et puis il y a aussi le cinéma de James Gray. Sans être une référence directe, j’aime beaucoup sa manière de traiter les relations familiales. La question de la famille, de la transmission et de l’héritage des valeurs est omniprésente dans le monde agricole. Dans l’écriture du scénario, cela m’a aussi beaucoup aidé d’aller, chercher du côté du drame familial pour nourrir les motivations d’Audrey, ses dilemmes, et les enjeux émotionnels de sa relation avec son frère.
À propos du réalisateur:
Anthony Dechaux est acteur, réalisateur et scénariste. Il est connu pour La guerre des prix (2026), Le Bureau des Légendes (2015), et Une pointe d'amour (2025).

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