Les voyages de Tereza

 

Les voyages de Tereza

de Gabriel Mascaro

Mercredi 04 mars 2026 à 20h30

(sorti 11 février 2026 - 1h26min)


Présentation : Equipe du Festival International du Film de Muret 

Synposis : Tereza a vécu toute sa vie dans une petite ville industrielle d’Amazonie. Le jour venu, elle reçoit l’ordre officiel du gouvernement de s’installer dans une colonie isolée pour personnes âgées, où elles sont amenées à «profiter» de leurs dernières années. Tereza refuse ce destin imposé et décide de partir seule à l’aventure, découvrir son pays et accomplir son rêve secret…



 

Interview Gabriel Mascaro : 

LES VOYAGES DE TEREZA est un film sur le droit de rêver, mettant en scène une protagoniste âgée qui décide de ne pas accepter le destin que quelqu’un d’autre, en l’occurrence l’État, a tracé pour elle. Je voulais réaliser un film qui soit une ode à la liberté, mettant en scène une septuagénaire rebelle confrontée à son isolement imminent dans une colonie pour personnes âgées, et proclamant qu’il n’est jamais trop tard pour trouver un nouveau sens à la vie. Je trouve qu’il est inhabituel de voir des protagonistes âgés au cinéma, en particulier dans les dystopies et les films fantastiques. On a souvent l’impression que la rébellion contre le système est une affaire de jeunesse, comme si la quête de maturité et la recherche de sa place dans le monde devaient être des rites de passage réservés uniquement aux lycéens ou aux jeunes adultes. Ici, je voulais montrer la vitalité du corps âgé.

Petit, je vivais dans une maison avec beaucoup de monde et mes grands-parents ont toujours fait partie de ma vie. Ma grand-mère a appris à peindre à 80 ans, après le décès de mon grand-père, et voir ce genre de choses a changé ma perspective sur le vieillissement. Cela m’a montré comment les personnes âgées peuvent partir à la découverte d’elles-mêmes et opérer des changements significatifs, voire impressionnants ou étonnants.

Les récits auxquels nous sommes habitués dépeignent la vieillesse comme une période d’isolement douloureux ou de déclin physique. Dans de nombreux cas, le passé devient une force motrice dans ces histoires, motivant le protagoniste à rechercher un but ultime, peut-être pour lui permettre de mourir en paix. Ces histoires sont souvent empreintes d’une nostalgie et d’une fatalité sous-jacentes, où la mort façonne inconsciemment la tension narrative. Mon film raconte un voyage, avec des éléments d’aventure et de fantaisie, et une re-connexion avec son désir de liberté. C’est un «boat-movie» sur le vieillissement et les rêves, avec des femmes âgées au centre de l’intrigue.

Je pense que LES VOYAGES DE TEREZA aborde indirectement de nombreuses questions contemporaines sérieuses et délicates, notamment celles liées au déplacement forcé de personnes, de groupes ou d’ethnies au nom d’un projet étatique. Dans mon film, il s’agit de l’exclusion des personnes âgées, mais cela peut également toucher de nombreux autres groupes de personnes. Cela va de la gentrification à l’expulsion des communautés autochtones de leurs terres à des fins économiques, en passant par les guerres pour gagner du territoire ou encore le traitement réservé aux réfugiés et aux migrants. Mais avant tout, je voulais réaliser un film exaltant le présent et saisissant l’élan vital qui est en chacun de nous. Un film sur le personnage d’une femme – une mère, une grand-mère, âgée, mais qui ne se limite pas à une identité fixe. Tereza incarne le désir de vivre ce voyage, la volonté d’éprouver de nouvelles identités et de vivre de nouvelles expériences de manière unique, originale et non dogmatique. 

Biographie : 

Gabriel Mascaro est un réalisateur et scénariste né en 1983 à Recife. Ses films ont remporté plus de 50 prix internationaux. Rodéo a été sélectionné parmi les 10 meilleurs films de 2016 par le New York Times. La même année, son œuvre a fait l’objet d’un rétrospective au Lincoln Center de New York. En 2019, son film Divine Love a été projeté dans la section Panorama de la Berlinale. En 2025, Les Voyages de Tereza remporte le Grand Prix – Ours d’Argent à la Berlinale.

 Critique presse :

Les Fiches du Cinéma: Gabriel Mascaro confirme son talent avec ce conte moderne, qui enveloppe des positionnements politiques bien énervés dans le velours d’une approche cool, esthétique et poétique.

Libération: Drôle, mélancolique, gentiment absurde, les "Voyages de Tereza" évoque au long de sa formidable balade plusieurs sujets d’envergure – l’âgisme, la gentrification, les déplacements de population – mais doit sa réussite au fait qu’il ne s’éloigne jamais de son sujet profond : la liberté, partout, par tous les moyens et au présent.

Positif: Fable politique à l'humanité chaleureuse et à la photographie envoûtante, "Les Voyages de Tereza" fait partie de ces films qui nous font quitter la salle plus légers que lorsque nous y sommes entrés.

 


La maison des femmes

La maison des femmes

de  Mélisa Godet
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara

Dimanche 8 mars 2026 à 10h30


Programme
  • 10h30 : Présentation de la matinée 
  • 10h35 : Chants par Les cinq continents
  • 10h50 : La Maison des Femmes de Mélisa GODET
  • 12h40 : Débat avec Du côté des femmes de la Haute-Garonne 
  • 13h20 : Apéro citoyen à l'étage
Modératrice : Virginie HOUADEC (sociologue)

Réservation

La maison des femmes
  • Synopsis : À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.



En savoir plus sur La maison des femmes

Naissance du projet

La naissance du projet remonte à fin 2016, lorsque Mélisa Godet a entendu, à la radio, la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem parler de la Maison des Femmes qu’elle venait de créer à Saint Denis : "Des parcours de soin et des différents professionnels, médecins, psychologues, avocats, juristes, policiers, artistes parfois… qui y croisaient leurs compétences et leur énergie pour aider les femmes victimes de violence à se reconstruire."

"En tant que femme et citoyenne, je me suis dit que c’était formidable qu’un tel endroit puisse exister. Et, en tant que scénariste et réalisatrice, j’ai tout de suite pensé que ça ferait un sujet de film génial, le genre de sujet que j’avais envie de porter au cinéma. Un film choral, un film avec du fond sur un sujet important et un film lumineux aussi. Le sujet m’est resté en tête…"

Convaincre une héroïne réelle

Ghada Hatem était au départ réticente à l’idée de devenir un personnage de fiction. Ce n’est qu’en arrivant avec un traitement détaillé du film que la réalisatrice a réussi à la convaincre : "L’avantage est que, pour que cet endroit existe, Ghada a dû et doit encore faire beaucoup de bruit pour faire parler de la Maison des Femmes et de ce qui s’y pratique."

"J’avais donc accès à une énorme masse de documentation. Je suis venue la voir avec un premier traitement, comme base de discussion et gage de notre sérieux. Ghada s’est peu à peu laissé convaincre. En posant une condition : elle tenait à ce que le personnage qui allait la représenter soit complètement assumé comme un personnage de fiction."

Le prisme des soignants

L’approche du film, focalisée sur les soignants de la Maison des Femmes, constitue un choix narratif important. Mélisa Godet a pris la décision se centrer sur le prisme des soignants, ce qui laissait de côté la représentation directe de la violence : "Cette maison, j’avais envie de la montrer en fonctionnement, bouillonnante de vie et d’activités, avec des équipes rodées et des patientes à différents stades de leurs parcours de soin."

"J’avais une conviction : je ne filmerais pas de séquences de violence. Ce n’était pas l’endroit où je voulais aller. Je ne voulais pas faire de ces violences une matière esthétique", se rappelle la cinéaste.


Lieux de tournage

Les scènes dans le hall, dans le bureau des psys et dans la salle d’activité ont été tournées à la Cité Le Refuge, un centre social de l’Armée du Salut dans le treizième arrondissement de Paris. Mélisa Godet se souvient : "Et on a reconstitué le reste dans une entreprise désaffectée à Bry-sur-Marne. Je ne me voyais pas tourner à La Maison des Femmes en leur disant : « Poussez-vous ! On arrive ! On fait du cinéma ! ». Ces gens travaillent."

Préparation pour Karin Viard

En guise de préparation, Karin Viard s’est beaucoup nourrie d’interviews et de podcasts sur Ghada et son action. Par contre, la comédienne ne voulait pas la rencontrer par peur d’être dans l’imitation. Elle préférait proposer sa propre lecture du personnage : "Physiquement, Karin et Ghada ne se ressemblent pas du tout, mais Karin a très bien capté l’énergie et ce que pouvait être un bulldozer inarrêtable dans ce genre d’endroit", raconte Mélisa Godet. Elle ajoute :

"D’ailleurs, quand les équipes de Ghada ont vu le film, elles ont eu cette réaction : 'Mais c’est vraiment toi !'. Tout au long du tournage, l’équipe technique a été à l’unisson, dans la bonne énergie. Concentrée et silencieuse, en soutien total quand les actrices avaient à livrer des choses difficiles et trouvant vraiment de la joie à tourner les séquences de comédie. Tout le monde s’est retrouvé dans une gentillesse, une bienveillance généralisée et aussi beaucoup de drôlerie."

Dossier de presse

Welcome to Europe

Welcome to Europe


de Thomas Bornot et Cyril Montana

Mercredi 11 mars 2026 à 21h


Présentation : en présence du réalisateur Cyril Montana

Réservation

Pour cette séance, 10 places gratuites sont proposées, attribuées dans l’ordre des réservations via le billet spécifique (Cliquer ici ou sur une image)

Dossiers
Welcome to Europe

Synposis : Cyril, petit-fils de réfugié politique espagnol, décide de s'engager, en mémoire de son grand-père, aux côtés des exilés. Il entame alors un périple de Paris jusqu'aux frontières de l'Europe, à la rencontre de celles et ceux qui ont quitté leur pays, leurs proches, leur vie d'avant. 

Dans son voyage, il se lie d'amitié avec Yadullah, un jeune Afghan arrivé à Paris en 2022. Croisant récits d'exilés et analyses politiques et scientifiques, « Welcome to Europe » combat les idées reçues et la xénophobie, pour démasquer ce qui se cache derrière la fiction de l'immigration.


Une enquête intime devenue politique

Welcome to Europe s’ouvre sur une démarche profondément personnelle. Cyril Montana, petit-fils de réfugié politique espagnol, cherche à comprendre si les conditions d’accueil en France ont évolué depuis plus de 80 ans. Il engage un périple de Paris jusqu’aux frontières de l’Europe, à la rencontre de celles et ceux qui empruntent aujourd’hui les chemins de l’exil.

Le film prend racine dans l’histoire de l’exil républicain espagnol de 1939, lorsque des milliers de femmes et d’hommes, fuyant le régime fasciste de Franco, furent parqués dans des conditions effroyables sur les plages françaises, notamment à Argelès-sur-Mer. À l’époque, on ne parlait pas encore de “migrants”, mais les mécanismes de rejet, de peur et d’abandon étaient déjà à l’œuvre.

Le grand-père du réalisateur, passé par ces camps, s’est pourtant parfaitement intégré à la société française, contribuant à sa richesse humaine, sociale et culturelle. Ce rappel historique constitue l’un des piliers du film : l’exil n’est pas une menace, il est une part constitutive de notre histoire commune.


Les exilés d’aujourd’hui : continuité des violences, changement de vocabulaire

En miroir de cette mémoire, le film montre la réalité contemporaine de l’accueil réservé aux personnes exilées en France et en Europe. À Calais comme sur les trottoirs parisiens, les migrants vivent dans une précarité extrême : expulsions répétées, absence de solutions durables, abris surpeuplés, stress permanent.

Ces conditions de survie, imposées sur la durée, engendrent des conséquences humaines graves : épuisement psychique, recours à l’alcool ou aux drogues pour supporter l’angoisse, perte progressive de repères et de dignité. Le film met en lumière une violence institutionnelle souvent invisible, mais profondément destructrice.


Yadullah : redonner un visage à l’exil

Le voyage de Cyril Montana croise celui de Yadullah, jeune Afghan arrivé à Paris en 2022. Leur rencontre devient un fil conducteur essentiel du film.
Yadullah n’est jamais réduit à une statistique ou à un dossier administratif : il est un jeune homme, avec ses espoirs, ses peurs, ses rêves, son humour et sa lucidité.

Ce choix de mise en scène est fondamental. En incarnant l’exil à travers une relation humaine, Welcome to Europe déconstruit les représentations abstraites et anxiogènes qui nourrissent les discours politiques et médiatiques dominants.

Frontières, sécurité et imposture politique

Le film interroge avec force les politiques de fermeture des frontières, notamment à Calais, où des investissements colossaux sont consentis pour empêcher les passages vers l’Angleterre. Malgré ces dispositifs, les traversées continuent, révélant l’inefficacité structurelle de ces stratégies.

Welcome to Europe démonte également la théorie dite de “l’appel d’air”, popularisée depuis plus de cinquante ans par l’extrême droite. Cette théorie, largement reprise aujourd’hui, affirme qu’un accueil digne attirerait davantage de migrants. Le film montre, analyses à l’appui, que cette idée est infondée, mais qu’elle continue de structurer les politiques publiques.

Plus encore, le film souligne un paradoxe essentiel : plus on ferme les frontières, plus on enrichit les trafiquants et les réseaux de passeurs, sans jamais sécuriser réellement les populations vivant à l’intérieur des pays.


Un laboratoire de la perte des droits humains

Ce que révèle le film est inquiétant : l’Europe est devenue un véritable laboratoire de la régression des droits humains.

Sous couvert de sécurité, elle renonce progressivement à ses valeurs fondatrices – hospitalité, fraternité, dignité – tout en nourrissant des discours qui rassurent artificiellement les populations internes sans répondre aux causes profondes des migrations.

L’absurdité de ces politiques est mise à nu : les frontières, aussi militarisées soient-elles, finissent toujours par être franchies. Ce sont les êtres humains qui en paient le prix.

Conclusion – Une projection nécessaire et un acte citoyen

Au regard de son propos, de sa rigueur et de sa force humaniste, Welcome to Europe est un film que Vive le Cinéma à Muret veut faire connaître, accompagne et projette, lors d’une soirée spéciale.

Dans la situation actuelle, il est plus que jamais nécessaire de dire les choses avec vérité et de retrouver les principes que nous défendons en interne comme dans l’espace public : la liberté d’expression, l’égalité, la fraternité.

Des valeurs trop souvent malmenées dans le climat de brutalité sociale et politique dans lequel nous vivons, mais que le cinéma – lorsqu’il est exigeant, sincère et profondément humain – peut contribuer à réaffirmer.

À ce titre, Welcome to Europe n’est pas seulement un film à voir : c’est un film à partager et à débattre.