Ali Abbasi est un cinéaste d’origine iranienne, installé en Scandinavie, dont l’œuvre est marquée par une interrogation constante sur le pouvoir, la violence sociale et la fabrication des monstres, qu’ils soient intimes, idéologiques ou politiques.
Il s’est fait connaître en 2018 avec Border, Prix Un Certain Regard à Cannes, un film étrange et profondément humaniste sur l’altérité et la norme. En 2022, il frappe à nouveau avec Les Nuits de Mashhad (Holy Spider), un thriller politique inspiré de faits réels, qui dénonçait la violence faite aux femmes et l’hypocrisie morale d’un système capable de tolérer l’intolérable.
Avec The Apprentice, présenté en compétition au Festival de Cannes 2024, Ali Abbasi s’attaque cette fois à une figure bien réelle et contemporaine : Donald Trump. Mais attention, il ne s’agit pas ici d’un biopic classique ni d’un film à thèse au sens traditionnel.
Le film se concentre sur les jeunes années de Trump, dans le New York des années 1970–80, et surtout sur sa relation avec son mentor, l’avocat Roy Cohn. Cette relation est au cœur du film : elle montre comment s’apprennent le cynisme, la domination, le mensonge comme stratégie, et l’absence totale d’empathie comme mode de réussite.
Ce que propose Abbasi, ce n’est pas un jugement frontal, mais une observation glaçante : comment un individu se construit dans un système où la loi, la morale et la vérité deviennent des outils malléables au service du pouvoir. En ce sens, The Apprentice est moins un film sur Trump que sur la fabrication d’un personnage politique, et plus largement sur les mécanismes qui permettent à certaines figures d’émerger et de prospérer.
Comme souvent chez Abbasi, le film dérange, interroge, et laisse volontairement le spectateur face à ses propres questions. Il nous oblige à réfléchir à notre époque, à la responsabilité des systèmes autant qu’à celle des individus.