Carlos Saura s’invite à une fête de famille pleine de surprises
Dimanche 11 octobre, vers 18 heures, Vive le Cinéma à Muret propose au Véo-Muret « Maman a 100 ans », de Carlos Saura. Une comédie féroce où les retrouvailles familiales cachent une véritable chasse à l’héritage. Avec Géraldine Chaplin, le ciné-classique invite à découvrir un autre visage du maître espagnol.
Un anniversaire, une grande maison et une famille réunie : tout semble prêt pour une fête chaleureuse. Mais chez Carlos Saura, les apparences sont trompeuses. Derrière les sourires, les vieilles rancœurs attendent leur heure. Et certains convives trouvent que la doyenne s’accroche un peu trop longtemps à la vie…
Réalisé en 1979, Maman a 100 ans suit le retour d’Anna dans la demeure où elle travaillait autrefois comme gouvernante. Venue célébrer le centenaire de la grand-mère, elle retrouve une famille dont les membres cultivent leurs frustrations, leurs obsessions et leurs ambitions. Les préparatifs avancent, mais un autre projet se dessine : hâter la succession pour mettre enfin la main sur le patrimoine.

Une fête de famille délicieusement cruelle
Voilà une première raison de retrouver ce film : le plaisir d’une comédie qui ne ménage personne. Saura mêle situations cocasses, humour noir et échappées dans le merveilleux. Les comportements deviennent extravagants, les désirs débordent et la réunion familiale prend les allures d’une farce mordante.
Sous le rire, pourtant, la critique demeure. L’argent abîme les liens, les bonnes manières dissimulent les calculs et l’affection se mesure parfois à la valeur d’un héritage. Face à cette impatience intéressée, la centenaire, interprétée par Rafaela Aparicio, possède une vitalité qui vient déranger les plans de son entourage.
Sorti quatre ans après la mort de Franco, le film peut aussi se regarder comme une bouffée de liberté. Le cinéaste, qui avait longtemps affronté la censure à travers des récits chargés de symboles, laisse ici davantage de place à l’ironie et à la fantaisie. Le rire devient une manière de secouer les vieux pouvoirs.
Les « loups » changent de visage
Deuxième raison de venir : le jeu de miroir avec Anna et les loups, réalisé en 1973. Saura reprend la même demeure et plusieurs personnages et interprètes de ce drame sombre, où la famille incarnait les forces oppressives de l’Espagne franquiste.
Mais cette nouvelle visite ne constitue pas une suite ordinaire. Malgré le dénouement tragique du premier film, Anna revient, comme si le cinéaste s’autorisait à redistribuer les cartes. La menace se transforme, le ton change, les rapports de force subsistent. Les mêmes murs accueillent désormais une satire où la cupidité occupe le devant de la scène.
Il n’est pas nécessaire d’avoir vu Anna et les loups pour apprécier cette réunion explosive. La situation parle à chacun : que reste-t-il de la solidarité familiale lorsque les intérêts personnels prennent toute la place ?
Géraldine Chaplin, un regard qui révèle tout
Troisième raison : retrouver Géraldine Chaplin. De Peppermint Frappé, en 1967, à Maman a 100 ans, son compagnonnage artistique avec Saura a nourri une œuvre attentive aux désirs, aux blessures et aux contraintes qui pèsent sur les femmes.
Son Anna apporte ici un regard extérieur, capable de percevoir ce que les autres voudraient cacher. Sa présence, sa finesse et son sens du décalage donnent à cette farce une précieuse humanité. Autour d’elle, Amparo Muñoz et Fernando Fernán Gómez contribuent à composer une galerie de personnages aussi inquiétants que réjouissants.
Ciné-classique : « Maman a 100 ans » (Mamá cumple cien años), de Carlos Saura, dimanche 11 octobre 2026, vers 18 heures, au cinéma Véo-Muret. Espagne, 1979, 1 h 35. Séance proposée par Vive le Cinéma à Muret.



