80 ans de la Sécu - Ambroise Croizat

La salle Pierre-Satgé change de nom pour les 80 ans de la Sécurité sociale. 


Vendredi 18 septembre, Muret a rebaptisé sa salle Pierre-Satgé du nom d'Ambroise Croizat, pour les 80 ans de la Sécurité sociale. En présence de son petit-fils Pierre Caillaud-Croizat et du réalisateur Gilles Perret, la journée a mêlé mémoire, cinéma et mise en garde sur l'avenir du modèle social français. 


Muret a vécu une journée tournée vers la mémoire sociale, vendredi 18 septembre 2026. À l'occasion des 80 ans de la Sécurité sociale, l'association Loisirs Solidarité Retraite (LSR) a baptisé sa salle du nom d'Ambroise Croizat, ancien Ministre du Travail et des Solidarités de France et figure majeure de la construction de la Sécurité sociale en 1945. La cérémonie s'est déroulée en présence des invités d’honneur Pierre Caillaud-Croizat, petit-fils d'Ambroise Croizat, du réalisateur Gilles Perret et de la scénariste Marion Richoux. Plus d'une centaine de personnes se sont déplacées pour l'occasion.



Réhabiliter une mémoire trop longtemps effacée 


Pierre Caillaud-Croizat, explique que sa présence à Muret répondait avant tout à un devoir de mémoire. En effet, l'histoire a longtemps écarté le nom d'Ambroise Croizat. Interrogé sur les raisons de cet oubli, il évoque de multiples raisons. « Mettre en avant quelqu'un qui nous laisse un héritage tellement riche, sur une période très courte de 18 mois, un type communiste, qui n'a fait aucune étude, lui attribuer ça, je ne pense pas que ce soit un objectif prioritaire pour l'histoire officielle », estime t-il. En déplorant que « l’histoire est toujours réécrite par les dominants et les bourgeois. »

Au fil des échanges qui ont suivi dans la matinée, Pierre Caillaud-Croizat a insisté sur le sens qu'il donne à cette démarche. « Ambroise Croizat a eu le talent de mobiliser la population qui a construit une institution comme la Sécurité sociale pour se prendre en charge elle-même. » Il regrette qu’aujourd’hui cet outil soit associé à une simple administration, là où il devrait incarner la propriété des travailleurs. Pointant les dynamiques actuelles, il alerte aussi sur le glissement d'un modèle fondé sur la solidarité nationale vers une privatisation au profit d'assurances complémentaires.Un basculement qui, s'il n'est pas freiné, « risquerait d'entraîner la France vers un modèle américain, dans lequel une part majeure de la population demeure dépourvue de couverture sociale ».



Gilles Perret, cinéaste de la mémoire sociale

Aux côtés de Pierre Caillaud-Croizat, le réalisateur Gilles Perret, accompagné de la scénariste Marion Richoux, a présenté ses films tout au long de l’après-midi au cinéma Véo Muret : La Chauffe, La Sociale, Walter, retour en résistance et Reprise en main. Dans sa prise de parole, il a expliqué vouloir, à travers ses films, « faire vivre la mémoire sociale, la mémoire politique ». Il a également précisé vouloir réhabiliter dans son long métrage La Sociale, « un homme (Ambroise Croizat NDLR) qui par le fait de ne rien avoir lâché et d'avoir gardé un cap a changé le quotidien de millions de Français. »


Revenant sur la création de la Sécurité sociale, il y voit l'exemple même de la puissance du nombre : « c'est toujours quand il y a eu un rapport de force et que les gens se sont mis ensemble qu'on a réussi à faire progresser les grandes étapes ». Il rappelle que le principe fondateur « chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins de santé » n'avait rien d'une évidence à l'époque.




Un combat à poursuivre


La journée s'est achevée par la projection de Reprise en main, suivie d'un dernier débat avec le public. À l'heure où les deux hommes s'inquiètent, chacun à sa manière, des reculs sociaux, leurs mots résonnent comme un même appel à ne pas se résigner. Gilles Perret, veut néanmoins croire qu'un sursaut collectif reste possible. « On devrait être assez malin pour ne pas revivre la catastrophe », affirme t-il, tout en reconnaissant qu'en face, « le rouleau compresseur des médias est quand même puissant ». Pierre Caillaud-Croizat conclut plus sobrement : « j'espère que par mes interventions, j'inciterai un petit peu à cette mobilisation. » Quatre-vingts ans après sa création, la Sécurité sociale reste, pour eux, moins un héritage à célébrer qu'un combat à poursuivre.


Textes et photos @Luca_SARGES - Vive le Cinéma à Muret


Le sud - Dimanche 4 octobre 2026

Le Sud : quand les secrets d’un père éclairent toute une Espagne

Avec Le Sud, réalisé en 1983, Víctor Erice signe une œuvre majeure du cinéma espagnol. Un film sensible et mystérieux sur l’enfance, la mémoire familiale et les blessures laissées par l’histoire.

Le regard d’une enfant sur un père mystérieux

Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en 1983, Le Sud (El Sur) est aujourd’hui considéré comme l’un des grands films du patrimoine européen. Plus de quarante ans après sa réalisation, l’œuvre de Víctor Erice conserve une force intacte, portée par une mise en scène d’une grande délicatesse et par le regard d’une enfant sur le monde des adultes.

Dans l’Espagne des années 1950, Estrella, huit ans, vit avec ses parents dans le nord du pays, dans une maison appelée « La Mouette ». Son père, Agustín Arenas, médecin taciturne et mystérieux, est originaire du Sud de l’Espagne, une région dont il ne parle presque jamais.

Pour sa fille, il est d’abord un personnage fascinant. Lorsqu’il utilise son pendule pour détecter l’eau souterraine, il semble même posséder quelque chose du magicien. Mais, au fil des années, cette image idéale se fissure. Estrella grandit et cherche à comprendre les silences de son père, ses blessures et ce passé qu’il refuse d’évoquer.


L’enfance, territoire de tous les mystères

Dix ans après L’Esprit de la ruche, Víctor Erice retrouve avec Le Sud le monde de l’enfance. Le spectateur découvre les événements à travers le regard d’Estrella, ses intuitions, ses incompréhensions et ses souvenirs.

La relation père-fille devient alors le cœur du film : celle d’une enfant qui découvre peu à peu que l’homme qu’elle admire est lui aussi traversé par les regrets, les renoncements et les secrets.

Un cinéma de lumière et d’ombre

Le film frappe également par sa beauté visuelle. Víctor Erice travaille la lumière comme un peintre. Certains plans évoquent Vermeer ou Caravage. Les visages, les fenêtres et les intérieurs semblent toujours raconter quelque chose de ce qui demeure caché.

Cette beauté n’est jamais décorative. L’ombre et la lumière accompagnent les émotions, les silences et tout ce qui ne peut être dit.

Le Sud, un lieu que l’on ne verra jamais

Le Sud du titre est lui-même un territoire presque imaginaire. C’est le lieu d’origine d’Agustín, qu’il a quitté après un conflit avec sa famille franquiste.

À l’origine, Víctor Erice souhaitait tourner une seconde partie dans laquelle Estrella partait vers le Sud. Faute de moyens accordés par le producteur, cette partie ne sera jamais filmée.

Cette absence donne pourtant au film une force singulière. Le Sud devient un lieu rêvé, objet de nostalgie et de mémoire, un espace que l’on devine plus qu’on ne le voit.

Les fantômes du franquisme

En arrière-plan, les traces du franquisme traversent l’histoire familiale. Le père s’est éloigné d’une famille liée au régime, tandis que la mère a perdu son poste d’institutrice.

Sans jamais être démonstratif, Víctor Erice montre ainsi comment la grande Histoire s’inscrit dans les vies ordinaires, dans les silences et dans les blessures qui se transmettent parfois d’une génération à l’autre.

Un grand film du patrimoine à revoir sur grand écran

Avec Omero Antonutti et une jeune Icíar Bollaín, future réalisatrice, Le Sud est un film sur l’enfance, la filiation, la mémoire et la perte des illusions.

C’est aussi tout l’intérêt des films du patrimoine : permettre de revoir sur grand écran des œuvres qui n’ont rien perdu de leur puissance.

Plus de quarante ans après sa sortie, Le Sud continue ainsi d’émouvoir, d’intriguer et de hanter le spectateur.

Un film rare, délicat et profondément humain, à découvrir ou redécouvrir au cinéma.



Fini de rire

Muret : peut-on encore rire librement du pouvoir dans les médias ?

Dimanche 27 septembre à 10h15, les Dimanches du Mermoz proposent au cinéma Véo Muret une séance particulièrement engagée avec Fini de rire ! L’humour politique au garde-à-vous. Soutenu par la Ligue des Droits de l’Homme, ce documentaire interroge la place de la satire politique dans les médias français et pose une question simple : jusqu’où peut-on rire du pouvoir ?

En présence de Mila Branco, journaliste d'investigation et coréalisatrice du film documentaire Fini de rire !

Réservation ici

Trente ans de satire politique passés au crible

Avec Fini de rire !, Matéo Larroque, Clara Menais et Mila Branco reviennent sur trois décennies d’humour politique à la télévision et à la radio. Des célèbres Guignols de l’info sur Canal+ aux chroniques de Guillaume Meurice sur France Inter, le film retrace le parcours d’humoristes qui ont parfois été écartés, marginalisés ou privés d’antenne lorsque leur parole devenait jugée trop dérangeante.

Car rire du pouvoir n’est jamais totalement anodin. Se moquer d’un ministre, d’un président ou d’un grand patron, c’est aussi mettre en lumière ses contradictions et contester, par l’humour, son autorité. Le documentaire montre ainsi comment la satire peut être volontiers acceptée lorsqu’elle reste légère, mais devenir beaucoup plus encombrante lorsqu’elle touche directement aux intérêts politiques ou économiques.

Médias, pouvoir et concentration économique

L’un des passages les plus éclairants du film revient sur Canal+ et les profondes transformations intervenues après la prise de contrôle du groupe par Vincent Bolloré. La disparition progressive de plusieurs émissions satiriques sert de point de départ à une réflexion plus large sur la concentration des médias entre les mains de quelques grands groupes industriels.

Une question qui dépasse largement le seul domaine de l’humour. Quels sujets sont traités ? Lesquels disparaissent des antennes ? Quelle place reste-t-il aux enquêtes sociales, environnementales ou politiques susceptibles de déranger les intérêts des propriétaires des médias ?

Le documentaire s’intéresse également au service public. Changements de direction, nominations, pressions politiques ou volonté d’éviter les polémiques peuvent favoriser une autre forme de restriction : l’autocensure.


Des archives, des témoignages… et beaucoup d’irrévérence

Guillaume Meurice, Bruno Gaccio, Sandrine Alexi, Audrey Vernon, Thomas VDB ou encore Adrien Dénouette apportent leurs témoignages et replacent leurs expériences dans l’évolution générale du paysage audiovisuel français.

Grâce à de nombreuses archives, le montage reste rythmé et souvent drôle malgré la gravité du sujet. Le film assume cependant clairement son point de vue. Certains pourront lui reprocher de rapprocher des situations très différentes et de ne pas donner davantage la parole aux responsables des médias mis en cause. Mais c’est aussi cette thèse affirmée qui devrait nourrir le débat à l’issue de la projection.

Une question profondément démocratique

Au-delà de l’histoire de quelques humoristes ou émissions disparues, Fini de rire ! défend finalement une idée essentielle : la qualité d’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à supporter la moquerie et la contradiction.

En soutenant le film, la Ligue des Droits de l’Homme rappelle combien liberté d’expression, pluralisme des médias et liberté de création demeurent indissociables du débat démocratique.

Avec cette nouvelle séance des Dimanches du Mermoz, Vive le Cinéma à Muret invite donc les spectateurs à prolonger la projection par la discussion autour d’une interrogation plus actuelle que jamais : peut-on encore rire librement du pouvoir dans les médias français ?

Dimanche 27 septembre à 10h15 – Cinéma Véo Muret.