La soif du mal
Dimanche 8 février 2026 vers 18h
(sorti 8 juin 1958 - 1H35)
Synposis : L’explosion d’une bombe dans le secteur américain de Los Robles, petite ville frontalière entre les États-Unis et le Mexique, fait craindre des complications entre les deux pays. Le procureur mexicain, Mike Vargas, alors en voyage de noces, décide de s’investir dans l’enquête et découvre les méthodes peu recommandables de l’inspecteur américain Hank Quinlan. Vargas et sa femme se retrouvent pris au piège entre une police locale corrompue et les gangs de la région.
À propos du film :
Avec La Soif du mal, le style devient proprement impalpable comme si Welles était parvenu à une sorte de quintessence de l’art baroque, au maximum de raison dans le règne de la folie.
Le film s’en prend à l’état policier plus fort encore que l’argent, et dénonce le terrorisme moral plus ou moins latent dans notre univers féroce. (…) Quinlan déteste Vargas au premier abord, comme Sanchez, parce qu’ils sont mexicains. Tout ici est prétexte à un lyrisme exacerbé par la nausée d’un monde devenu concentrationnaire (est-ce simple hasard si le motel où se déroule le cauchemar de Susie s’appelle «Le Mirador» ?) et la nostalgie de pureté qu’il fait naître au fond des cœurs humiliés comme des corps souillés.
Dans La Soif du mal, l’importance du décor m’apparaît moindre que dans les œuvres précédentes. Welles utilise à merveille ses possibilités comiques, et la perte de la perruque de Grandi est l’occasion d’un ballet qui rappelle celui de Van Stratten et Zouk dans Dossier secret. Les blousons noirs et leurs compagnes d’un soir de criminelle orgie crèvent un instant l’écran, une danse démoniaque et sadique autour de Susie Vargas «J’avais beaucoup de jeunes acteurs: j’étais très content et je les ai fait bouger», dit Welles. Lui-même se surpasse, énorme et pourtant aérien, cynique et déchirant, impitoyable et pitoyable à la fois. Il faut noter la séquence remarquablement efficace où Quinlan questionné par ses pairs menace de rendre son insigne: la caméra est sans cesse en mouvement, et tout le monde parle en même temps. Et puis il y a ce personnage de veilleur de nuit: «Un fou shakespearien total, tout comme lui en marge de l’histoire. Et ce rôle fut improvisé: aucun dialogue n’avait été écrit pour ça. Je construisis le personnage en improvisant... II est un vrai fou, un vrai Pierrot lunaire, et il me semble qu’une telle silhouette devait fatalement naître du climat qui l’entourait. En d’autres termes, sa justification dramatique est que l’horreur qui le cerne est telle qu’elle ne pouvait engendrer un autre personnage...».
Le grand angulaire, employé systématiquement, donne à cette nouvelle fable de Welles sa coloration onirique (Susie n’ouvre les yeux que pour voir un cadavre aux prunelles exorbitées se pencher sur elle) et fantastique (la séquence où Vargas enregistre la conversation de Quinlan et Menzies, tout en rampant, escaladant et peinant, se déroule dans un paysage nocturne et ruiniforme de science-fiction, qui n’est pas sans annoncer une scène dans un cimetière de voitures, dans Don Quichotte). (…) Thriller marqué du sceau de Welles, La Soif du mal demeurera l’honneur d’un genre où le courage côtoie toujours la veulerie, et le sordide la poésie.
Biographie :
A 16 ans, celui qui savait réciter par cœur Le Roi Lear à l'âge de 5 ans, bluffe et se fait engager par le prestigieux Gate Theater de Dublin. Ses affinités avec le monde des planches, lui font intégrer les plus grandes troupes, pour devenir un acteur et metteur en scène très respecté. En 1934, il réalise The Hearths of Age un film muet de cinq minutes. La même année, il rentre à la radio. En adaptant La Guerre des Mondes de H.G.Wells, il crée l'un des événements radiophoniques du siècle. En effet, les auditeurs avaient réellement cru au débarquement des extraterrestres dépeint par ce roman. Ce touche-à-tout souhaite s'investir dans le cinéma en adaptant le livre Au Coeur des ténèbres de Joseph Conrad. Il voulait que ce film soit réalisé en caméra subjective. Ce dernier procédé et le coût trop élevé du projet empêcheront le film de voir le jour.
Son premier long-métrage sera Citizen Kane en 1941. Ce film est révolutionnaire par son procédé narratif et reprend implicitement le principe de la caméra subjective. Cette œuvre s'inspire de la vie du magnat de la presse W.R Hearst qui utilisa toute son influence pour la censurer. Les critiques salueront unanimement Citizen Kane alors que le public le bouda.
Ne supportant plus les contraintes du système américain, cet épris de liberté et d'indépendance part s'installer en Europe. Il se rend compte qu'il est grassement payé pour ses prestations d'acteurs. Il utilise ses hauts salaires pour auto-financer ses longs-métrages. C'est ainsi qu'on le voit dans Le Troisième Homme de Carol Reed (1949). Il joue sous la direction de grands noms du 7ème Art comme dans Si Versailles m'était conté...(1954) de Sacha Guitry, Moby Dick (1956) de John Huston, Le Génie du mal (1959) de Richard Fleischer, et La Décade Prodigieuse de Claude Chabrol (1971).
Grâce à Charlton Heston, il réalise La Soif du mal (1958), puis en 1963 Le Procès d'après le livre de Kafka. Malgré l'infortune commerciale de ses films, Orson Welles est indéniablement l'un des plus grands cinéastes du 20e siècle. Un génie exubérant, excellant dans tous les domaines artistiques. Incompris, il est aujourd'hui considéré comme un réalisateur visionnaire.
Critique :
Libération: Une œuvre-témoin à ne pas rater, et du grand cinéma.
Télérama: Un chef d'œuvre bouleversant
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