Vol au-dessus d'un nid de coucou

 

Vol au-dessus d'un nid de coucou

de Milos Forman
Avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, William Redfield

Dimanche 5 avril 2026 vers 18h

(sorti 1 mars 1976 - 2H14) 


Présentation : Vive le cinéma à Muret

Synposis : Pour échapper à la prison, le détenu du droit commun Randall P. McMurphy se fait interner en simulant la folie. Dès son arrivée à l'hôpital psychiatrique, il assiste aux traitements thérapeutiques dispensés par miss Ratched, l'autoritaire et tyrannique infirmière en chef dont il cherche à bouleverser les méthodes.

 


 

À propos du film:

L’action se situe en 1962 dans un hôpital psychiatrique de l’Oregon, dont le fonctionnement routinier est bouleversé par l’irruption de Randall McMurphy (Jack Nicholson), un colosse braillard et remuant, responsable d’agressions et interné à sa demande pour échapper à une longue peine d’emprisonnement dans un pénitencier d’État. Simulateur ou véritable malade mental ? Le titre du film s’inspire des paroles d’une contine populaire: «le premier s’envola vers l’Est, le second vers l’Ouest, le troisième s’envola au-dessus d’un nid de coucou». Si le mot cuckoo en anglais désigne l’oiseau (le coucou), il signifie aussi en argot américain l’excentrique, le «dérangé», le fou. Le coucou, c’est l’oiseau qui fait son nid dans celui des autres. C’est McMurphy qui déboule parmi les «vrais» déviants. Et qui découvre, au-delà de leur folie, des êtres fragiles et attachants, soumis à l’autorité oppressive de l’infirmière en chef Miss Ratched.

Deuxième long métrage américain de Milos Forman, Vol au-dessus d'un nid de coucou voit le jour sous l’impulsion de deux producteurs, Saul Zaentz et le jeune Michael Douglas qui venait de racheter à son père Kirk les droits d’adaptation du livre de Ken Kesey. Pour son premier roman, cette figure de la contre-culture américaine s’inspira de sa propre expérience, alors qu’il occupait un job étudiant dans un hôpital psychiatrique.

C’est dans un véritable établissement de Salem dans l’Oregon, dirigé par le docteur Dean R. Brooks (qui joue le rôle d’un médecin dans le film) que se déroulera le tournage. Durant près de trois mois, les équipes s’installent et travaillent avec les patients. Car adepte de méthodes à l’exact opposé de celles dénoncées par Forman, Brooks convainc l’équipe d’intégrer plus de quatre-vingts malades, comme figurants ou en renfort technique.

Oscillant entre des scènes aux accents comiques et des scènes violentes filmées de façon clinique, le film est un puissant réquisitoire contre les dérives d’une médecine qui ne soigne pas mais qui entretient la folie, mais surtout une allégorie de tous les systèmes totalitaires, à l’image de celui qui a contraint Milos Forman à fuir la Tchécoslovaquie à la fin des années 60.

«Forman garantit et décuple, par la magie de sa vision, la teneur mythique de son modèle littéraire. Et c'est aussi cette constante complémentarité des lectures simultanées, sociale, politique, psychanalytique, qui fait la modernité du film, le trait caractéristique qui le rattache à une tendance actuelle, soucieuse de traduire la réalité par une approche aussi totale que possible, en donnant à la psychanalyse l'importance qui lui revient dans l'élucidation du politique.» -Michel Sineux



Biographie:

Enfant de la guerre, Milos Forman perd ses parents, déportés à Auschwitz; il est alors élevé avec ses frères par le reste de sa famille. Il étudie le cinéma à l'Académie de Musique et d'Art Dramatique de Prague et réalise son premier long métrage en 1963, L'As de pique. Une comédie douce-amère, mélange de tendresse et d'ironie, comme dans Les Amours d'une blonde (1965), pour lequel les Américains le remarquent. En 1967, sa satire provocatrice Au feu les pompiers! lui vaut les foudres de la censure dans son pays. Alors qu'il se trouve à Paris pour des négocier son premier contrat avec Hollywood, les studios tchèques le licencient au motif d'une sortie illégale du territoire. A la faveur du Printemps de Prague et de son vent de révolte, Milos Forman quitte l'Europe pour les États-Unis.

Il réalise d'abord une comédie sociale, Taking Off (1971), puis change totalement de registre en 1975 avec le brillant Vol au-dessus d'un nid de coucou. Porté par Jack Nicholson qui y trouve là un de ses plus grands rôles, le film rafle 5 Oscars dont ceux du Meilleur film, Meilleur acteur et Meilleur réalisateur. En 1979, il se voit confier l'adaptation d'un grand succès de la scène musicale à Broadway: Hair, film culte de toute une génération. En 1981, il remplace au pied levé Robert Altman sur le difficile tournage de Ragtime; portrait d'une Amérique du début du XXe siècle en proie au racisme.

En 1985, il obtient à nouveau l'Oscar du Meilleur réalisateur pour Amadeus, un biopic du compositeur porté par Tom Hulce. Quatre ans plus tard, il réalise Valmont, adaptation des Liaisons dangereuses de Choderlos De Laclos. Mais le film souffre d'une comparaison fatale avec Les Liaisons Dangereuses, sorti la même année, et l'échec du film est cuisant. Depuis Amadeus, il semble avoir pris goût aux biographies en réalisant Larry Flynt (1996) et Man on the Moon (1999), inspiré de la vie du comique américain Andy Kaufman. Avec Les Fantômes de Goya, dans lequel Natalie Portman et Javier Bardem se donnent la réplique, il retrouve à nouveau l'univers onirique et les costumes du XVIIIe siècle.



 

La guerre des prix

 

La guerre des prix

d'Anthony Dechaux

jeudi 2 avril 2026 à 21h00


 Présentation : Vive le Cinéma à Muret

Synposis : Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.


Interview réalisateur:

En tant que comédien, je fais régulièrement des interventions de théâtre en entreprise pour y jouer des saynètes et animer des débats avec les salariés. Un jour, je me suis retrouvé à participer au séminaire annuel des acheteurs d’une enseigne de grande distribution. J’ai encore mot pour mot la formule d’introduction du directeur : « si on est réunis aujourd’hui dans cette salle, c’est pour savoir qui sont les requins et qui sont les requins-tueurs. Et nous, les requins, on n’en veut pas, ce qu’on cherche, ce sont les requins-tueurs ». Les interventions se sont enchainées tout au long de la journée dans la même veine. J’étais abasourdi par ce ton aussi décomplexé : « on veut du sang » ; « si un fournisseur sort content de sa négo, c’est que vous n’avez pas fait votre boulot » ; « le win-win, ça n’existe pas » … Il y avait là des centaines de personnes, et personne ne réagissait. Je suis sorti en me demandant ce que pouvaient bien penser tous ces gens : est-ce qu’ils sont tous ok avec cette logique, est-ce qu’ils ont le choix, est-ce que ça fait partie du folklore ? Le monde de l’entreprise, je le connais, j’ai évolué dedans pendant un temps, je sais qu’il peut être dur et violent. Mais là, c’était tout autre chose, je n’avais jamais entendu de tels discours. Très vite, j’ai eu l’envie de creuser le sujet et d’écrire un scénario à partir de cette expérience.

Dans un premier temps, j’ai fait un long travail de recherche à partir d’articles et de documentaires. J’ai découvert un univers aussi effrayant que fascinant. En creusant, je me suis vite rendu compte que ce sujet était tabou, protégé par une forme d’omerta et que ce serait très dur d’avoir accès à des témoignages. J’ai finalement réussi à m’entretenir avec quelques interlocuteurs et notamment un ancien acheteur qui se présente comme un repenti et qui m’a tout expliqué. Cela m’a beaucoup aidé pour comprendre l’univers des négociations. C’est comme ça, par exemple, que j’ai pu construire la mise en scène autour des « box de négociation », ces petites pièces closes, sans fenêtre. On a stylisé le lieu, presque à la façon d’une garde-à-vue, pour renforcer le côté anxiogène et cinématographique, mais dans la réalité, les négociations commerciales entre acheteurs et fournisseurs se font bel et bien dans ces pièces dédiées. J’ai également parlé avec quelques agriculteurs, notamment ceux qui essayent de contourner le système en se regroupant au sein d’un réseau pour avoir plus de poids. En fait, j’aime bien dire que mon film n’est pas un documentaire, certes, mais une fiction documentée.

C’est un film qui parle du monde agricole, mais pas seulement. Je pense même qu’on en apprend plus sur l’univers de la grande distribution et sur le déroulement de ces fameuses négociations. C’est un film sur la confrontation entre ces deux mondes, et sur la façon dont cette quête permanente du prix bas se répercute toujours sur les plus fragiles, en bout de chaîne – en l’occurrence, les agriculteurs. Je ne voulais pas faire uniquement un film sur un enjeu social ou économique, qui aurait pu être un peu froid ou manquer d’émotion. Je tenais à avoir une vraie forme cinématographique, de sorte que même quelqu’un qui ne serait pas forcément sensible à ces sujets-là puisse avoir envie d’aller voir ce film, comme on irait voir un thriller...

D’un côté, il y a un film comme Petit paysan, pour la représentation du monde agricole et le côté thriller social. De l’autre, il y a les films de Stéphane Brizé – La loi du marché, En guerre, Un autre monde. Je suis très sensible à la façon dont il montre l’envers du décor du monde de l’entreprise, la réalité sociale des gens qui y travaillent, comment ça s’entrechoque avec un certain nombre de valeurs, etc. Je me suis notamment inspiré de sa démarche quasi documentaire pour les scènes de négociations que je voulais extrêmement réalistes. Et puis il y a aussi le cinéma de James Gray. Sans être une référence directe, j’aime beaucoup sa manière de traiter les relations familiales. La question de la famille, de la transmission et de l’héritage des valeurs est omniprésente dans le monde agricole. Dans l’écriture du scénario, cela m’a aussi beaucoup aidé d’aller, chercher du côté du drame familial pour nourrir les motivations d’Audrey, ses dilemmes, et les enjeux émotionnels de sa relation avec son frère.



 À propos du réalisateur:

Anthony Dechaux est acteur, réalisateur et scénariste. Il est connu pour La guerre des prix (2026), Le Bureau des Légendes (2015), et Une pointe d'amour (2025).


Le Lauréat

 

Le Lauréat

de Mike Nichols
Avec Anne Bancroft, Dustin Hoffman

Dimanche 29 mars 2026 vers 18h

(sorti 4 septembre 1968 - 1H46)


Présentation : Rémi COLLU

Synposis : Benjamin Braddock vient d’achever ses études couvert de diplômes. Au cours d’une réception organisée par ses parents, il rencontre Mme Robinson, une amie de ces derniers. Elle séduit le jeune homme, lui faisant découvrir les plaisirs de l’amour. Les parents de Benjamin, qui ignorent tout de cette relation, incitent bientôt leur fils à sortir avec Elaine, la fille des Robinson. Réticent au début, il s’attache rapidement à l'étudiante…

 


À propos du film:

Deuxième long-métrage de Mike Nichols après Qui a peur de Virginia Woolf ? en 1966, Le Lauréat conte le récit d’apprentissage du jeune Benjamin Braddock, superbement interprété par Dustin Hoffman dans son premier grand rôle. À travers la découverte du plaisir charnel (avec Mme Robinson) et de l’amour (avec Elaine), Benjamin tente de donner un sens à son existence et de tracer sa propre route, loin du carcan familial. Si Le Lauréat a eu un tel succès aux États-Unis lors de sa sortie, c’est parce qu’il peint avec justesse le portrait d’une jeunesse partagée entre le puritanisme de la génération précédente et la libéralisation des mœurs sur le point d’exploser. En cela, Le Lauréat est bel et bien un film de son temps, reflétant le changement de société à venir avec le «Summer of Love» de 1968 et les révoltes contre la guerre du Vietnam. En attendant, le héros interprété par Dustin Hoffman est encore à cheval entre ces deux modes de vie, ce que le réalisateur tente de montrer en multipliant les images d’enfermement: Benjamin coincé dans sa combinaison de plongée, le célèbre plan où ce dernier est pris en tenailles entre les jambes de Mme Robinson… Celui-ci doit s’extraire de ces obstacles tant physiques que moraux pour ne pas faire la même erreur que la génération précédente (comme le mariage sans amour de M. et Mme Robinson suite à une grossesse non désirée). Sous des abords de comédie, Le Lauréat est une critique subversive de la classe moyenne américaine qui remet durement en cause l’American Dream.

Le Lauréat est considéré comme l’un des films-clés ayant contribué à l’émergence du Nouvel Hollywood, avec Bonnie & Clyde d’Arthur Penn. Bien que très différentes, ces deux œuvres font preuve d’une certaine audace stylistique et remettent surtout en question l’establishment américain et le rapport au sexe. Largement influencé par le cinéma européen, notamment par la Nouvelle Vague française, Mike Nichols invente un nouveau langage cinématographique: multiplication des zooms avant et arrière, caméra subjective, montage audacieux notamment en termes de raccord, utilisation de la musique de Simon & Garfunkel qui dépasse le simple accompagnement musical et en fait l’un des premiers films «pop». Autre signe de rupture avec le cinéma hollywoodien d’alors, Le Lauréat aborde frontalement des thèmes considérés comme provocateurs – le refus de suivre les traditions familiales – et brise les tabous – la relation sexuelle explicite entre une femme mariée et un jeune de vingt ans. Le film de Mike Nichols s’amuse à détourner la narration classique pour mener le récit vers une fin ouverte, que la nouvelle génération des baby-boomers aura toute la liberté d’écrire.


Biographie:

Fils d'émigrés russes juifs, Mike Nichols passe sa jeunesse à New York. Ses études à Chicago l'amènent à rencontrer Elaine May, avec qui il crée, en 1957, le célèbre duo comique Nichols et May. Lorsqu'ils se séparent en 1961, Nichols persévère avec succès dans le théâtre, principalement dans la mise en scène.

En 1966, Mike Nichols signe son premier long-métrage, le thriller Qui a peur de Virginia Woolf ?, qui offre à Elizabeth Taylor l'Oscar de la Meilleure actrice. L'année suivante, il confirme son talent précoce de metteur en scène avec Le Lauréat, nouveau succès public qui permet à son auteur d'obtenir l'Oscar du Meilleur réalisateur et à Dustin Hoffman d'être propulsé au rang de star.

Après ces débuts fracassants, le cinéaste peine à confirmer. Dans les années 70, le thriller Le Jour du dauphin ou les comédies Catch 22, Ce plaisir qu'on dit charnel et La Bonne fortune rencontrent un accueil modeste, mais les deux derniers films cités lui permettent de débuter sa collaboration avec Jack Nicholson, qui deviendra l'un de ses acteurs fétiches.

Après huit ans de silence cinéma, Mike Nichols revient fort. En 1983, l'étouffant Le Mystère Silkwood, avec Meryl Streep, le relance. Il enchaîne avec La Brûlure puis retrouve le succès public en 1986 avec Working Girl, où la turbulente ascension professionnelle vécue par Mélanie Griffith.